lundi 23 juin 2008

If I Die

" La lame me rentre dans le dos, entre les omoplates. Elle est longue, je la sens en moi comme un pic de glace. Un bref cri m’échappe, avant que je ne sente le sang me monter dans la gorge et une main me pousser dans le dos, après que la lame se soit retirée, laissant en moi un vide de froid vite remplacé par une douleur fulgurante. Je tombe à genoux et le choc contre le béton se répercute dans mon dos. Nouveau gémissement pitoyable. Je tente de tourner la tête vers l’arrière mais la douleur me vrille le crâne et emplit mon champ de vision de points rouges. Je sens mon sang couler dans mon dos et je pense que mon t-shirt va être tout taché et irrécupérable. C’est dingue comme l’esprit peut s’égarer et tout faire pour fuir la réalité. Mes forces m’abandonnent, je respire difficilement et toujours avec un gout ferreux dans la bouche. Je m’écroule sur le sol, je vois les jantes d’une voiture, une BMW, sale d’ailleurs. À côté de mon visage, mon sang coule dans la rigole en un fin filet écarlate et poisseux. La douleur est toujours aussi forte mais j’attrape maintenant froid, alors que le soleil m’éblouit pourtant. Bizarrement, je ne pense même pas à essayer d’appeler au secours ou de prendre mon Gsm, de toute façon je ne sais pas si j’en serais capable. Je reste là, étendu, suffocant sous la douleur et à cause du sang qui m’emplit la bouche. Mon esprit se perd, s’éloigne. Je ne sais pas combien de temps je reste couché sur le trottoir, le regard fixé sur le soleil alors que ma vue diminue. À un moment, alors que je fermais les yeux pour les reposer, et peut-être ne plus jamais les rouvrir, je sens une main qui m’attrape l’épaule et me met tout à fait sur le dos. C’est vrai, j’avais rendez-vous, j’avais oublié. Tu me fixes bouche bée et j’essaie de te dire quelque chose mais tu m’ordonnes de me taire, par pitié. Tes mains courent sur mon corps, se tachent de sang, et tu les essuies sur ton t-shirt déjà rouge, y traçant des lignes foncées de traces de doigts. Je sens la chaleur quitter mon corps trop rapidement pour faire place à un froid qui engourdit mes sens. Je vois tes mains sur moi, je te vois me toucher le visage, mais je ne sens plus rien, comme anesthésié. Je me sens partir. Au moins je saurai ce qu’on trouve au bout du tunnel. Je sens qu’il est trop tard pour moi. Tu n’arrêtes pas de me secouer et de me toucher le visage et les cheveux, pleins de sang j’en suis sûr, et je vois les larmes couler sur ton visage. Je voudrais pouvoir tendre la main et les sécher, au moins te parler mais je n’en ai plus la force, je ne peux plus. Il est trop tard. J’essaie de te le dire une dernière fois mais mes lèvres bougent à peine et tout ce qui sort de ma bouche est un filet de sang qui coule sur ma joue et tes doigts. Un halo rouge entoure ma vision des choses. Je mourrai en te regardant dans les yeux, alors que les miens se ferment. Au revoir. "



Ears: "Just One Fix", Ministry
Brain: Such a weird feeling when you go...