dimanche 2 novembre 2008

London Calling

Premier jour:


Mon gsm affiche 3h30 quand il sonne. Ting! Ting! Tilililing! J'ai à peine dormi 4h30 mais je ne me sens même pas fatigué. Le premier à me lever, je fonce vers la salle de bain pour prendre ma douche avant ma soeur et ma maman et éviter d'être en retard. La maison est toujours endormie quand je descend allumer mon ordi pour charger mon Ipod. S'ensuit une suite de trajets: en voiture Charneux-Liège, en train Liège-Bruxelles, en Eurostar Bruxelles-Londres. Finalement je tomberai quand même de fatigue dans les deux trains. Dans l'Eurostar, on est assis à côté de deux adultes avec leur petit Ethan et d'un autre homme qui dormira tout le trajet en ronflant par intermittences. Le petit n'arrête pas de bouger et de parler à sa mère, à tel point que pour finir le père prononce ses premiers mots en s'adressant à sa femme: "Tu peux pas parler moins fort?" Parce que Monsieur lit son journal, attention. Arrivés à la gare londonienne de Saint-Pancras (non pas Pancréas, Laura, Pancras, sans "é"), on monte directement dans le Tube, direction Notting Hill et l'hôtel. Premier miracle londonien en sortant à la station Notting Hill Gate, un accord de guitare résonne au coin d'un couloir blanc aseptisé et puis une voix s'élève dans le froid d'un courant d'air. C'est la chanson du film.

"Ain't no sunshine when she's gone.
It's not warm when she's away.
Ain't no sunshine when she's gone
And she's always gone too long anytime she goes away.
Wonder this time where she's gone.
Wonder if she's gonna stay
Ain't no sunshine when she's gone
And this house just ain't no home anytime she goes away.
And I know, I know, I know, I know, I know,
I know, I know, I know, I know, I know, I know, I know,
I know, I know, I know, I know, I know, I know, I know,
I know, I know, I know, I know, I know, I know, I know
Hey, I ought to leave the young thing alone,
But ain't no sunshine when she's gone, only darkness everyday.
Ain't no sunshine when she's gone,
And this house just ain't no home anytime she goes away.
Anytime she goes away.
Anytime she goes away.
Anytime she goes away.
Anytime she goes away."
"Ain't no sunshine when she's gone", Anonymous singer in the Underground covers Bill Withers




Après avoir déposé nos sacs à l'hôtel, on se dirige vers Hyde Park qu'on va traverser à pied pour atteindre le centre de Londres. On passe devant une école maternelle où des enfants encravatés font des bricolages en tablier rouge plastique, on croise une voiture couverte de neige, des montagnes de poubelles (apparement le tri des déchets n'existe pas trop) et une ancienne Vespa rouge. Pour la neige, le journal dit que c'est la première fois depuis 70 ans qu'il neige au centre de Londres, et depuis 50 ans dans la région. Donc, le ciel est bleu, la pluie semble très improbable mais qu'est-ce qu'il fait froid. On manque déja de se faire renverser en regardant à gauche avant de traverser alors que les voitures viennent de droite. Puis on remarque qu'il est écrit sur le sol "Look left" ou "Look right", et alors on regarde à gauche quand il est écrit de regarder à droite, logique. Hyde Park c'est le paradis de la gente canine et des volatiles de toutes espèces. Et aussi de la Princesse Diana: le parc abrite une plaine de jeux (payante) qui lui est dédiée, un bel hommage... Et déja j'apprends quelque chose: les canards broutent comme les vaches, en tout cas les canards anglais. En gros, ça veut rien dire, quelque chose qui peut sembler normal là-bas ne l'est pas nécessairement par ici. Ils sont fous ces Anglais. Le parc traversé, on se retrouve sur la route, on cherche le nom des rues pour se repérer sur la carte et rejoindre Harrod's et... on marche 5 minutes dans le mauvais sens. Harrod's en deux mots: "huge and expensive". Pas loin du Hard Rock Café de Londres, on passe par là, on rentre, on fait le tour et on ressort directement. C'est blindé, pas une seule place de libre. Mais c'est pas ça le plus décevant, c'est de voir à quel point c'est touristique.




À la sortie de Hyde Park, on s'arrête pour jeter un oeil à Buckingham Palace avant de prendre le métro pour aller à Picadilly Circus. Le métro c'est quand même un truc impressionant, c'est blindé, ça emmène des milliers de gens à des centaines d'endroits. De voir ces trains qui partaient à toute vitesse dans un tunnel sombre, ça me faisait penser à Germinal et la métaphore de Zola sur la mine qui se nourrit d'être humains. Le métro c'est aussi le vacarme infernal des sonneries brèves à l'entrée où tout le monde passe les portails avec sa petite carte magnétique, c'est les gens pressés qui descendent les escalators à toute vitesse en dépassant tous les autres qui sont sagement alignés sur la droite, c'est un bombardement constant de publicités pour des opéras, théâtres, ballets, comédies musicales et films de toutes sortes, c'est la voix des hauts-parleurs qui annonce les train et préviens chaque fois de sa voix mélodieuse "Mind the gap between the train and the platform". Ensuite on est arrivés à Picadilly Circus, festival de lumières et de bruit. Morts crevés de s'être levés tôt, du décalgage horaire et d'avoir marché déja pas mal, on cherche un endroit pour se poser et manger un bout. Et partout cette pancarte à l'entrée qui nous empêche de rentrer sans laisser Laura dehors, même si elle pourrait facilement passer pour avoir 18 ans mais mieux vaut éviter les problèmes dans un pays où, dans le métro, des panneaux incitent à dénoncer tout comportement suspect de votre voisin. Le soir, on s'installe dans la chambre G1 du Blue Bells Hotel à Notting Hill. Avant de tomber endormis comme des masses à 21h, on regarde une émission sur Channel 4: Teenage Embarassing Bodies. C'est assez spécial, ça vire parfois au Nip Tuck sans être de la fiction. Moi qui pensais que les Anglais sont des gens prudes, je suis forcé de changer d'avis en voyant ça. Une fois endormi, je passe une nuit très perturbante.

Deuxième jour:


Le lendemain matin, après un déjeuner de céréales et de toasts au beurre salé avec un jus d'orange, direction Westminster dans le froid matinal. Dans les rues, on croise deux types de gens dans les rues: les touristes comme nous et les hommes et les femmes d'affaires, en cravates et tailleurs, très pressés et très sérieux. Westminster, c'est impressionant pour la taille, c'est immense. Et tout dans la même architecture, j'aime beaucoup. On a marché le long de la Tamise tout l'avant-midi et une partie de l'après-midi. Ma maman voulait absolument aller sur la roue pour voir Londres de tout en haut mais une fois arrivé sur place et renseigné sur le prix (60€ pour nous trois), on a passé notre chemin. À partir de ce moment-là, le ciel a commencé à se couvrir et le vent à forcir. En arrivant sur le Tower Bridge, il pleuvait pour de bon, par petites gouttes. Le truc avec les grandes villes qui ont plein de monuments à montrer, c'est qu'il faut toujours que ça soit beau et donc il fallait que l'un d'entre eux soit en rénovation. Ils enlevaient la peinture bleue pour en remettre de la nouvelle, apparement ça leur prendrait des milliers d'heures de travail d'après un panneau.




Installé dans une ancienne centrale électrique à l'aspect très peu engageant dans la lumière déclinante d'une fin d'après-midi d'hiver, le Tate Modern est le musée londonien de l'art moderne et contemporain. J'avais dû insister pour qu'on le visite, et c'était en effet très fatiguant. À Londres, les musées nationaux sont gratuits et chacun met dans une énorme tirelire la somme qu'il veut pour contribuer aux frais. La majeure partie du musée est donc gratuite, il faut payer pour les expositions temporaires centrées sur un artiste particulier. En vrac, on trouvait Dali, Picasso, Warhol, Matisse, des mouvements comme le cubisme, le minimalisme, le constructionisme, le futurisme, etc. Très joli. Je n'ai pu prendre que deux photos avant qu'une employée du musée ne me rappelle que c'était interdit. Un musée contemporain, c'est très spécial. C'est pas comme des peintures "normales" où tu peux comprendre que c'est de l'art parce que c'est difficile à peindre où que ça fait un bel effet. Là, pour les monochromes par exemple, ça n'a pas l'air plus difficile que ça à peindre. Je pense que c'est plutôt l'idée et le message que vraiment la peinture en elle-même. Enfin bref, on a donc traversé plein de salles de tableaux, sculptures, etc. De temps en temps, il y avait une salle vidéo où un film tournait en boucle. Le panneau a l'entrée de l'une d'entre elles mettait les jeunes yeux en garde, et il valait mieux. Sur trois écrans, des gens nus étaient filmés: un homme qui dansait avec un visage difforme, une femme étendue et enduite d'une couche d'une matière qui ressemlait à de la graisse, et un autre homme assis qui avait des crises de tremblements. Assez dérangeant. Très spécial.




Dans le métro sur le chemin du retour, on a croisé un autre chanteur avec sa guitare. Je me suis arrêté, elles se sont arrêtées un peu plus loin. Puis vers la fin de la chanson, alors que j'avais oté quelques paroles pour la retrouver (je ne m'en rappellais pas sur le moment), je lui ai donné une pièce. Raconté comme ça, ça parait ridicule, mais c'était trop beau pour ne pas réagir. À l'hôtel, j'ai regardé la fin de Teenage Embarassing Bodies pendant que les deux autres dormaient. J'ai empêché mon gsm de mourir, et moi aussi par la même occasion. Puis je me suis endormi avec le dernier album "The Slip" de Nine Inch Nails.
"We'll do it all
Everything
On our own
We don't need
Anything
Or anyone
If I lay here
If I just lay here
Would you lie with me and just forget the world?
I don't quite know
How to say
How I feel
Those three words
Are said too much
They're not enough
If I lay here
If I just lay here
Would you lie with me and just forget the world?
Forget what we're told
Before we get too old
Show me a garden that's bursting into life
Let's waste time
Chasing cars
Around our heads
I need your grace
To remind me
To find my own
If I lay here
If I just lay here
Would you lie with me and just forget the world?
Forget what we're told
Before we get too old
Show me a garden that's bursting into life
All that I am
All that I ever was
Is here in your perfect eyes, they're all I can see
I don't know where
Confused about how as well
Just know that these things will never change for us at all
If I lay here
If I just lay here
Would you lie with me and just forget the world?"
"Chasing Car", Anonymous singer in the Underground covers Snow Patrol
Troisième jour:


Plus courte que les deux premieres parce qu'on devait prendre le train à 17h45, on a commencé la journée avec Trafalgar Square et la National Gallery. Sur la place, une énorme serre qui abritait le London Games Festival, le soleil était revenu depuis hier soir. On est entrés dans le musée à l'ouverture, à 10h, on en est sortis à 12h30. Deux heures et demie de peintures, du Moyen-âge à la fin du dix-neuvième siècle, de Botticelli à Turner, en passant par Michel-Ange ou Van Gogh. Un très beau musée, gratuit lui aussi, mais très long. La seule chose qui nous a fait rester jusqu'au bout c'est les tournesols de Van Gogh dans la dernière salle. Non, j'exagère, mais c'était très long. Et à la fin, mon ventre gargouillait à un tel niveau sonore que les gens se retournaient sur mon passage. Ensuite on a pris un bus au hasard, rien que pour monter à l'étage. Et on est montés dans le 23. C'est très sérieux. Il nous a emmenés dans les quartiers financiers, en roulant à gauche évidemment. C'est très perturbant. Déja les bus normaux on se demande comment ils font pour ne pas écraser les gens dans les tournants, ici quand on est à l'étage, on a l'impression de carrément rouler sur le trottoir tout du long.

Le trajet du retour en Belgique est tout aussi long mais encore plus pénible. À côté de nous, c'est plus le gamin turbulent mais un groupe de gays qui boivent. D'abord du champagne, ensuite de la bière. Et plus l'heure avance, plus leurs verres se vident, plus ils ont l'air gays. Et toujours ce truc des oreilles qui se bouchent à chaque entrée dans un tunnel et à chaque différence d'altitude. Chose bizarre, personne dans le train n'a l'air d'en souffrir à part ma soeur et moi qui grimaçons à chaque fois.
Arrivée à Liège enfin et choc du contraste. Ici tout est gris et il pleut. Là-bas tout était blanc éclatant et le ciel était bleu. Un début de déprime se fait sentir. On parle d'habitude de mal du pays, dans mon cas c'est le mal de l'étranger. Mais je suis au moins heureux de rentrer pour une raison.
Back to routine.




Une boisson anglaise pour la haute, au gin comme par hasard.


Ears: "To Die For", The Birthday Massacre
Brain: Nothing much has changed. It just got intensified.

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